LE « RACISME ANTI-BLANC » : UN MYTHE COLONIAL

Publié le 20 janvier 2026 à 14:26

INTRODUCTION

     « Le racisme anti-blanc existe ! ». C’est ce à quoi j’ai cru pendant de très nombreuses années. En tant que personne « blanche », je n’arrivais pas à comprendre pourquoi des gens niaient le « racisme » que je pensais pouvoir subir. Je m’interrogeais énormément sur le fait que si un groupe social pouvait subir du racisme, tous les autres pouvaient également en subir, même si certains groupes pouvaient en souffrir bien plus que d’autres. Je partais du principe que la définition en elle-même légitimait mon point de vue, voire le normalisait. Toutefois, la réalité est bien autre. J’évoquerai en effet le point de vue étymologique, avec des notions complémentaires, mais également un point de vue social, sociologique et historique afin d’expliquer en quoi ce qu’on appelle le « racisme anti-blanc » n’existe pas.

 

RACISME OU DISCRIMINATION RACIALE ?

     Comme évoqué dans cette courte introduction, le « racisme anti-blanc » n’existe pas. Le racisme est avant tout une idéologie. Pour rappel une idéologie ne véhicule pas seulement des idées, mais les constitue dans un système incluant des « normes » et des « valeurs ». Par conséquent, le racisme est une idéologie ancrée dans la société, ce ne sont pas uniquement des idées, des remarques ou de la discrimination, c’est quelque chose de systémique s’accompagnant de comportements sociologiques répétitifs et groupés. Le racisme repose sur l’existence de plusieurs « races » au sein de la race humaine, et sur une hiérarchisation de celles-ci. Diviser la race humaine en plusieurs « races » est déjà problématique, car même si on retire l’idée de hiérarchisation, distinguer plusieurs « races » au sein d’une race prédéfinie (la race humaine), constitue déjà l’idée de différencier les êtres humains entre eux, ce qui est déjà une forme de discrimination.

     De plus, l’Article 1er de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen (DDHC) de 1789 déclare que « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l'utilité commune. » Cet article ne nie donc pas l’existence de distinctions sociales. Les êtres humains sont libres et égaux en droits, mais pas en considération sociale. Ce qui accentue obligatoirement la « normalité » des inégalités sociales, et si je vais plus loin, de l’idéologie raciste puisque celle-ci se fonde sur des inégalités sociales ayant conduit et conduisant toujours à des inégalités de droits. Ces dernières sont simplement mieux cachées au sein de la société contemporaine.

     Dans mon introduction, je déclarais également avoir longtemps pensé subir du racisme. En effet, des personnes émettaient des amalgames « blanc = raciste » et ne souhaitaient pas me fréquenter par rapport à ma couleur de peau. J’ai également, à plusieurs reprises, reçu la fameuse insulte « sale blanche », qui justifierait selon les désillusionnés, l’existence d’un « racisme anti-blanc ». Je me rappelle également avoir eu plusieurs débats sur le « racisme anti-blanc » en affirmant avec assurance mes positions sur l’existence de ce terme, que je qualifie à présent de syntagme, ce qui correspond au regroupement de plusieurs termes afin de créer un nouveau concept.

     Le syntagme « racisme anti-blanc » n’est autre qu’une construction sociale hégémonique. Et en tant que personne « blanche », il est toujours difficile d’accepter qu’un terme « légitimant » notre ressenti soit refusé et obsolète. Je pense que c’est en grande partie à cause de cela que je n’arrivais ni à accepter ni à concevoir le fait de renier ce terme. J’estimais qu’à partir du moment où l’on distinguait plusieurs « races », peu importe lesquelles, et qu’on les discriminait, on pouvait parler de racisme. Toutefois, j’avais complètement tort. Avant de développer plus en profondeur l’idéologie constante et sociétale du racisme, il est important de donner une nouvelle définition : celle de la discrimination raciale.

     Selon Justifit, la discrimination raciale désigne « toutes les formes de distinctions effectuées sur la base de l’origine, de l’appartenance réelle ou supposée d’une personne à une ethnie, à une nation, à une race ou à une race déterminée. ». Par conséquent, il est correct de parler de discrimination raciale envers les personnes « blanches » mais pas de racisme. Je n’avais pas les bons mots, les bonnes recherches et peut-être même la maturité suffisante pour comprendre la différence. Toute personne peut être victime de discrimination raciale, à la différence que d’autres personnes peuvent en plus de cela subir du racisme. Je tiens à préciser que la discrimination raciale constitue un délit pénal puni par le Code Pénal (articles 225-1 à 225-4) pouvant aller jusqu’à 3 ans d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende pour les peines principales, 5 ans d’emprisonnement et 75 000 euros d’amende pour les peines plus sévères, et 375 000 euros d’amende pour une personne morale (association, entreprise etc.). Il est donc important de comprendre que je ne minimise absolument pas la discrimination raciale et que je la condamne totalement, toutefois, j’y apporte une distinction avec le racisme qui est bien plus grave et qui exerce une influence sociétale à la différence de la discrimination raciale.

 

L’HISTOIRE DE CES TERMES

     Dans cette partie, nous traiterons de l’historique de ces trois termes : racisme, discrimination raciale et « racisme anti-blanc ». Après avoir évoqué leur concept précédemment, je vais traiter de leur sens historique afin de développer ma position sur la non-existence du « racisme anti-blanc ».

     Le terme racisme est le plus ancien des trois. Apparu en Europe, aux XVIème et XVIIème siècles durant l’expansion coloniale, le racisme désignait déjà la division, distinction et hiérarchisation de la race humaine en d’autres supposées « races » pouvant subir des considérations différentes. A cette époque, l’esclavage était la norme et les esclaves étaient très majoritairement « noirs ». Et, l’esclavage fait référence à la servitude, servilité et donc à l’absence de droits permettant d’être libre de posséder son corps et de choisir quoique ce soit. On distinguait alors les « blancs » des « noirs » en deux « races » définies et inégales : les « blancs » représentant les dominants et les « noirs », les dominés. Même si l’esclavage existait déjà entre « blancs » au Moyen-Âge, avec les serfs (dominés) et les vilains (dominants), il ne s’agit pas du même objectif ni du même ancrage dans la société. En effet, l’esclavage moyenâgeux se fondait sur la classe sociale, les serfs étant les paysans non libres, souvent endettés et les vilains étant des paysans libres, non endettés et détenant un minimum de patrimoine. Les deux dépendaient des seigneurs. Cette distinction entre serfs/vilains/seigneurs était réalisée à des fins capitalistes et de pouvoir, une injustice scandaleuse mais qui n’avait rien à voir avec une quelconque apparence ou identité ethnique. L’esclavage des XVIème et XVIIème siècles, lui, était fondé sur un seul critère : la couleur de peau. Peu importait le statut social d’une personne « noire », celle-ci était automatiquement vue comme inférieure car elle n’était pas « blanche ». Ce à quoi je pourrais créer la citation qui résume parfaitement la situation et l’idéologie raciste esclavagiste « Même le plus riche des noirs ne valait pas le plus pauvre des blancs ». L’esclavage « noir » est né à des fins capitalistes certes, mais surtout et avant tout de colonisation. C’est donc à partir de cette période-là que la notion de racisme a émergé, et qu’elle a perduré même après l’abolition de l’esclavage aux XVIIIème et XIXème siècles.

     La discrimination raciale, ou haine raciale est premièrement apparue au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, en 1948 dans la Déclaration universelle des droits de l’homme. Mais c’est durant les années 1960 que ce terme s’est répandu. Le 20 novembre 1963, l’Assemblée générale de l’Organisation des Nations Unies (ONU), utilise le terme de discrimination raciale en la condamnant explicitant. Le 21 décembre 1965, la Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale (ICERD) adopte ce terme et entre en vigueur en 1969. C’est l’instrument juridique majeur qui donne une définition détaillée de la discrimination raciale et oblige les États à la combattre.

     Quant au « racisme anti-blanc » ou « racisme inversé », il a vu le jour au début des années 1950 dans un article du Washington Post. Mais cette notion se normalise surtout la décennie d’après dans les pays anglophones, lors de débats post-coloniaux. En France, Jean-Marie LE PEN, ancien président du parti d’extrême-droite Front National (FN, actuellement Rassemblement National/RN) qui popularise ce syntagme dans les années 1980. Les années 2010 représentent également une deuxième vague de popularité notamment en 2012 avec Jean-François COPE, membre du parti d’extrême-droite, Les Républicains (LR), dans son livre Manifeste pour une droite décomplexée, en déclarant qu’un « racisme anti-blanc se développe dans les quartiers de nos villes où des individus — dont certains ont la nationalité française — méprisent des Français qualifiés de « gaulois » au prétexte qu’ils n’ont pas la même religion, la même couleur de peau ou les mêmes origines qu’eux. ». Parler de « racisme anti-blanc » ou de « racisme inversé » est déjà une forme de racisme. Avant même de débattre sur l’existence ou non de ce nouveau terme, il est important de relever qu’il y a encore une fois une hiérarchisation et une distinction entre le racisme et le « racisme anti-blanc ». Quand il s’agit de racisme envers des personnes « non blanches », même si ces personnes n’ont absolument pas les mêmes origines ethniques ou la même couleur de peau, il n’y a aucun terme faisant la distinction entre un racisme et un autre (par exemple on ne va pas dire « racisme anti noir » ou « racisme anti maghrébin », on parlera uniquement de racisme). Quand il s’agit de personnes « blanches », là en revanche, un terme distinct et propre à cette communauté est évoqué. C’est très présomptueux et cela divise une fois de plus les différents groupes ethniques et couleurs de peau, car cela montre que « le racisme anti-blanc ce n’est pas la même chose, c’est quelque chose de différent, de propre à la population « blanche ». Parler de racisme concernant les personnes « blanches » est incorrect, parler de « racisme anti-blanc » est incorrect et raciste envers les personnes « non blanches ».

 

LE GROUPE DOMINANT S’APPROPRIE LES INJUSTICES MINORITAIRES

     Nous avons pu constater que les termes évoqués précédemment sont apparus de manière chronologique et logique : le racisme résultant de faits historiques, la discrimination raciale évoquant une nuance et le « racisme anti-blanc », syntagme néologique vulgarisé en même temps que la montée de l’extrême-droite. Leurs simples contextes suffiraient à justifier mon argumentaire sur la non-existence d’un « racisme anti-blanc », toutefois, un autre argument vient compléter mes propos : le sentiment victimaire des groupes dominants.

     Je l’avais vaguement évoqué dans la vidéo expliquant la différence entre misandrie et misogynie (cf notre vidéo dans la rubrique "Vidéos"). En effet, il est très fréquent que des groupes majoritaires s’approprient les injustices propres et vécues par les minorités. Les hommes estiment pouvoir être victimes de sexisme, les personnes hétérosexuelles disent être victimes d’hétérophobie, les personnes provenant de milieux aisés s’imaginent pouvoir être victimes de ségrégation spatiale, et les personnes blanches pensent pouvoir subir du racisme. Dans mon expérience personnelle, il m’était inconcevable d’acquiescer le fait qu’un homme puisse subir du sexisme. L’homme est le sexe « dominant », vivant dans une société patriarcale, et donc il ne pouvait pas subir de sexisme comme les femmes, car le sexisme est ancré dans la société, c’est quelque chose de systémique qui relève de plein de discriminations et actions sexistes perpétuelles et assemblées. Le sexisme est un ensemble, il ne regroupe pas uniquement des idées ou des propos, il se traduit par des actions diverses, nombreuses et récurrentes. C’est à ce moment précis que j’ai réalisé une certaine forme d’hypocrisie de ma part. Comment osais-je renier le « sexisme anti-hommes » tout en acceptant le « racisme anti-blanc » ? En d’autres termes, comment pouvais-je refuser une éventuelle discrimination majoritaire lorsque ma position était celle de dominée, et en même temps accepter une éventuelle discrimination majoritaire lorsque ma position était celle de dominante ? Cela n’a absolument aucun sens : il faut soit concevoir l’existence de ces deux termes, soit renier les deux. Accepter seulement l’un des deux ne fait que révéler la hiérarchisation des différentes caractéristiques sociales qui nous entourent. J’ai donc par la suite tenté de me remettre en question, de prendre en maturité et de comprendre pourquoi il était incorrect de parler de « racisme anti-blanc ». C’est au bout d’une longue introspection que j’ai réalisé ceci : un groupe dominant ne peut pas vivre une discrimination subie par une ou plusieurs minorité(s). Les groupes majoritaires sont ceux qui ont instauré ces discriminations envers les dominés, ce sont eux qui ont créé les « minorités », donc ils ne peuvent pas subir quelque chose qu’ils ont eux-mêmes instauré afin d’augmenter leur pouvoir et leur domination. J’ajouterai même qu’aujourd’hui, parler de « minorité » relève encore d’une hiérarchie sociétale normalisée. Les « majoritaires » représenteraient la norme et les « minorités » seraient des groupes distincts ne rentrant pas dans les cases normées. De plus, s’accaparer une discrimination subie par une ou plusieurs minorité(s) renverrait à décrédibiliser, minimiser voire délégitimiser les problèmes sociétaux réellement vécus par ces minorités. Si les personnes « blanches » peuvent elles aussi subir du racisme, alors celui vécu par des personnes « non blanches » n’est pas « si grave que ça » ou est « normal » puisque tout le monde peut subir la même chose (j’effectue une distinction entre « blanc » et toute autre personne « non blanche » car tous les groupes ethniques « non blancs » subissent du racisme).

     D’autant plus que la discrimination raciale subie par les « blancs » n’est absolument pas la même que celle subie par les personnes « non blanches ». Les « blancs » peuvent être rejetés, moqués ou subir des amalgames ou autres types de discriminations en rapport avec leur couleur de peau, mais ils ne seront jamais pointés du doigt en permanence, n’entendront jamais de phrases du style « Je ne suis pas raciste, j’ai un ami blanc », n’auront jamais de questions posées sur leur pays d’origine, sur leurs « coutumes exotiques », sur des clichés abjectes et discriminants, ne risqueront pas de ne pas décrocher un travail par rapport à leur prénom « à connotation étrangère » ou à leur teint « un peu trop foncé », ne recevront jamais de remarques du style « t’es jolie pour une blanche », « tu es mal coiffé(e) on dirait que tu as les cheveux en bataille » (référence aux coupes afro et aux cheveux crépus constamment discriminés), ne seront jamais hypersexualisés car ils sont « blancs », ne seront jamais confondus avec un(e) camarade de classe sous prétexte qu’ils sont tous les deux « blancs » alors qu’ils n’ont aucun trait similaire, ne seront jamais observés de manière antipathique et mesquine parce qu’ils sont « blancs », ne se sentiront jamais de trop parce qu’ils sont les seuls « blancs » dans leur classe, travail ou à un évènement, ne seront jamais représentés de manière raciste, clichée et péjorative dans de quelconques œuvres culturelles et médiatiques, ne seront jamais contrôlés constamment par la police et les forces de l’ordre parce qu’ils sont « blancs et donc ont forcément de la drogue sur eux », ne seront jamais frappés par la police violemment jusqu’à en mourir par simple haine raciale, ne seront jamais surreprésentés dans des crimes tout simplement pour effrayer les personnes crédules et racistes parce qu’ils sont les seuls à être arrêtés, médiatisés, condamnés et traités durement, ne seront jamais vus comme une menace par l’extrême-droite, ne seront jamais diabolisés par les médias etc. Cette phrase est longue, et si cela ne tenait qu’à moi, elle serait loin d’être finie. Car il y a encore tellement d’actions et de propos racistes que subissent des personnes « non blanches » que jamais une personne « blanche » ne pourra subir. Le racisme est systémique, quotidien, assemblé par une multitude d’actions, qu’elles soient petites, moyennes ou grandes. Par conséquent, il est tout bonnement inconcevable de comparer le racisme subi par des personnes « non blanches » et la discrimination raciale subie par des personnes blanches ».

 

LE « RACISME ANTI-BLANC » EXISTE-T-IL DANS DES SOCIETES NON OCCIDENTALES ?

     Il serait simple de contrer mon article avec une seule phrase : « Le « racisme anti-blanc » est renié car nous vivons dans une société majoritairement « blanche », faite par des « blancs » et pour des « blancs », mais dans des pays où les « blancs » sont minoritaires, ils peuvent subir du racisme. ». Cette phrase semble cohérente, toutefois, elle est parfaitement fausse. C’est ce que nous explique le sociologue et philosophe britannique Paul GILROY, dans son livre The Black Atlantic, en déclarant que « la race fonctionne à l’échelle mondiale, pas seulement nationale ». De plus, j’ajouterai que la population « blanche » est vue comme dominante, même ailleurs qu’en Occident. Cela est dû en majorité à l’héritage colonial. La suprématie « blanche » est inculquée partout et est vue comme une norme, que ce soit à l’image des Etats, des publicités, des représentations dans des œuvres culturelles et médiatiques etc. Par conséquent, même s’ils sont minoritaires localement, ils ne le seront jamais socialement. De plus, si on estime que les « blancs » peuvent subir du racisme dans des pays anciennement ou toujours colonisés, peut-on réellement parler de racisme ? Ne vaudrait-il mieux pas parler de responsabilisation, de conséquences justifiées et de culpabilité au sens premier du terme ? Il est important de se pencher sur cette situation et de bien prendre conscience qu’ici il ne s’agit pas de racisme, mais de volonté à délégitimiser l’esprit colonial dans la sphère publique et dans la sphère privée.

 

C.W

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